Les deux nains qui se disputaient


Il était une fois,
Deux nains, un plutôt vert et un plutôt rouge. Ils habitaient ensemble dans un jardin de fleurs ou à vrai dire ils se disputaient et se poussaient l’un l’autre.
A peine venait le matin, que le nain rouge se lançait dehors pour arroser les fleurs.
– Haha je me suis réveillé avant toi !
Le nain vert ouvrait à peine les yeux que que le nain rouge lui criait fièrement, l’arrosoir vide :
– Mes fleurs vont fleurir en premier !


Le nain vert tournait le dos et commençait à ramasser toutes les chausettes rouges qui étaient par terre en grognant et en boudant.
– Et alors … tu arroses les fleurs ? Mais moi je travaille plus que toi !


Parfois le nain rouge rentrait à la maison portant un sac rempli de cônes et il le jetait fier au milieu de la maison.
– Moi j’apporte des provisions ! Regarde ce que j’ai récolté, toi tu n’apportes rien !
Parfois même il portait avec un maïs géant sur le dos et se vantait :
– Sans moi …pauvre de toi, tu n’aurais rien à manger !


Le nain vert ne disait plus rien et gonflait d’envie comme un ballon. Il tournait furieusement avec une longue cuillère dans une grande marmite. Il lui jetait sur la table un bol avec de la confiture de cônes et grognait :
– Sais-tu faire une délicieuse confiture comme moi ?
– Oh que si, ce n’est rien qu’une confiture… Et le Nain rouge se levait furieusement de la table et s’en allait compter son argent. Il prenait son pot d’argent et le secouait devant le Nain Vert.
– Haha j’ai plus de pièces de monnaie que toi !
Le Nain Vert regardait longuement son pot d’argent vide. On ne sait pas pourquoi, mais les pièces de monnaie apparaissaient seulement devant le Nain Rouge. Quand ils sortaient se promener, on aurait cru que le Nain Vert entrait dans un autre monde. Il restait en admiration devant un brin d’herbe et parlait à tous les insectes et oiseaux. Il grimpait dans les arbres et comptait les œufs et les poussins de chaque nid. Il saluait les écureuils avant de s’agripper à une feuille errante qui volait jusq’au sol. Il saluait tous ses amis en volant et s’éclatait de rire. Sur le chemin, il chantait joyeusement, embrassait toutes les fleurs et jetait des petits pois verts aux grenouilles du lac.

En voyant cela, le Nain rouge entrait dans une colère bleue car il n’avait pas d’amis et personne ne le saluait. C’est pourquoi il faisait semblant de chercher des pièces brillantes de monnaie.
Après la promenade, ils rentraient tous les deux à la maison et se disputaient enore plus que d’habitude.
– Tu n’as pas ramassé des pièces de monnaie comme moi … riait le Nain rouge en agitant son pot d’argent.
– Mais toi, tu n’as pas d’amis comme moi, répondaientt les petits yeux du Nain Vert.
Ils se suivaient l’un l’autre, montaient sur les champignons et se poussaient continuellement.
– Je suis plus rapide que toi ! démarrait le Nain Rouge. Il se jetait sur le vélo rouge volant et décollait comme une flèche. Attrape-moi attrape-moi ! pédalait-il en regardant derrière lui.
– Je vais briser ton précieux pot, je vais t’enlever tout l’argent, criait furieusement le Nain Vert derrière lui.
– Haha tu ne sais même pas rouler à vélo ! se moquait le Nain Rouge du haut de ses  deux roues !
– Hmm oui mais moi je viens de trouver du chocolat ! rétorqua le Nain Vert en brandissant un morceau de chocolat et il continua de courir derrière le vélo rouge en savourant le chocolat.
– Je vais arriver le premier et je vais utiliser toute l’eau chaude pour mon bain ! grogna le Nain Rouge qui avait envie du chocolat mais faisait semblant de ne pas le voir en pédalant encore plus vite.
Il jeta le vélo dans le jardin, courut vers la maison en secouant son pot d’argent et sauta directement dans l’eau chaude du bain.
– Je vais te nouer les pieds avec une ficelle verte ! dit la voix tout essouflé du Nain Vert.


– Tu me fais rire ! Tu ne sais même pas tenir un fil entre les doigts ! Tu ne sais même pas coudre ! Tous tes habits ont des trous !
– Ahaaa, tu vas voir ! Je vais faire des trous dans les tiens ! Et il s’empara des ciseaux !
– N’y songe même pas ! sursauta de peur le Nain Rouge. Il sortit du bain et commença à courir derrière le Nain Vert, l’eau ruisselant sur son corps et inondant le sol.
Ils continuaient comme ça toute la soirée, se disputant et essayant chacun d’avoir raison ! Quand c’était l’heure de dessiner, les deux nains s’asseyaient à la table, l’un avec un crayon de couleur verte, l’autre avec un crayon de couleur rouge.
Nez à nez, les yeux dans les yeux, ils taillèrent les crayons vite, de plus en plus vite et de la poussière colorée sauta sur la table. Ils commençèrent à dessiner avec vitesse tout en regardant surtout la feuille de papier de l’autre. A peine eurent-ils commencé leur dessin que le Nain Rouge arracha le crayon du Nain Vert !
– De toute façon tu ne sais pas dessiner ! Je prends le crayon vert !
– N’y pense même pas ! dit le Nain Vert et il serra fortement son crayon dans la main. Le Nain Rouge tira encore et encore jusqu’à ce que le crayon glisse des doigts du Nain Vert mais le Nain Rouge perdit l’équilibre, renversa la chaise et roula par terre, ses petites fesses en l’air.
Le Nain Vert sauta de sa chaise, s’empara de toutes les feuilles du Nain Rouge et il les froissa toutes !
Mais le soir tombait et les deux nains étaient trop fatigués pour encore se disputer. Les feuilles déchirées et les cœurs brisés, chacun s’installa dans son petit lit en soupirant dans le noir.
L’un d’entre eux bailla et chuchota tout bas :
– Sur ma fenêtre, on voit la lune…
Et l’autre répondit endormi :
– Même pas … c’est sur ma fenêtre…
Chaque soir ils s’endormaient tristement.
Le Nain Vert soupirait en rêvant :
– Tout ce que je fais n’est pas bien ! Je ne suis qu’un bon à rien, personne ne m’observe…
Et le Nain Rouge chuchotait dans son rêve :
– Tout ce que je fais, ce n’est jamais suffisant, personne ne m’apprécie….
On entendait seulement le battement des ailes d’un petit papillon volant d’un nain à l’autre.
– En fait, vous pensez chacun ne pas être vu, ne pas être important ! Le Nain Vert croit qu’il n’est jamais vu parce qu’il fait toujours des erreurs. Et le Nain Rouge croit qu’il n’est jamais regardé parce qu’il n’en fait pas assez. Mais .. si je vous disais un Secret ? Que chacun est parfait et merveilleux tel qu’il est!
Les nains ont ouvert de grands yeux !
Le petit papillon s’assit à côté du Nain Vert et lui caressa doucement la joue de ses ailes.
– Pourquoi penses-tu n’être qu’un bon à rien petit nain vert ?
– Parce que tout ce que je fais est critiqué par le nain rouge, je n’arrive à rien…
– Et pourquoi penses-tu que tout ce que tu fais est une erreur ?
– Le Nain Rouge réussit toujours mieux que moi et moi je n’y arrive jamais !
– Hmm mais pourquoi te comparer au Nain Rouge ? Lui est rouge, toi tu es vert ! Si tu te compares aux autres, tu sera toujours déçu ! Et si les critiques venaient de toi-même ?
– Comment ça ?
– Réfléchis ! Comment te sens-tu lorsque l’autre te dit que tu ne fais rien de bon et qu’il est meilleur que toi ?
– Je me sens un bon à rien.
– Qui ressent cela ?
– Moi … soupira le Nain Vert.
– Et qui souffre de tout ce que tu ressens ?
– Moi…
– C’est exact ! Ce que l’autre dit sur nous est son opinion à lui, c’est comme ça qu’il voit les choses ! Mais ce que tu ressens envers cela est ton choix ! Ce que tu sens est en fait une petite cloche qui sonne pour t’annoncer que tu as besoin de t’aimer un peu plus !
– Tu veux dire que lorsque le Nain Rouge me gronde parce que je fais des erreurs, en fait c’est moi qui me critique ?
– C’est exact ! et le Nain Rouge ne fait que t’aider en étant ton miroir et il te rappelle que tu as oublié de te regarder avec amour ! Mais en réalité comment voudrait-tu te sentir ?
– Je voudrais me sentir parfait et merveilleux et pouvoir réaliser de belles choses.
– Alors, maintenant tu sais comment te regarder toi-même !
Puis le petit papillion vola à côté du Nain Rouge et le caressa sur la joue.
– Pourquoi penses-tu que tout ce que tu fais est toujours insuffisant ?
– Parce que personne ne m’observe et ne m’apprécie pour ce que je fais et je suis.
– Et si celui qui ne voit pas tout ce que tu fais est toi-même ?
– Comment ça ? C’est toujours l’autre qui ne voit jamais ce que je fais et qui est mécontent !
– Qui ressent ne pas être apprécié pour tout ce qu’il fait ?
– Moi…
– Et, c’est lié à qui ce que tu ressens ?
– A moi…
– C’est exact ! Ce que l’autre dit sur toit c’est son opinion, c’est comme ça qu’il voit les choses. Mais ce que je ressens à propos de ça est ton choix ! Ce que tu ressens est en fait une cloche qui sonne pour te rappeler d’avoir plus d’amour pour toi-même.
– Tu veux dire que lorsque le Nain Vert ne m’apprécie pas pour tout ce que je fais, en fait c’est moi qui ne m’apprécie pas et qui n’est pas content de moi-même ?
– C’est exact ! Et en fait l’autre est là pour t’aider en étant un miroir pour te rappeler que tu as oublié de t’apprécier et être content de toi-même. Comment voudrais-tu te sentir ?
– Je voudrais être remarqué, être important…
– Alors, maintenant tu sais comment tu dois te regarder toi-même !
Le lendemain matin les deux nains se réveillèrent et se regardèrent étonnés l’un l’autre comme si c’était la première fois qu’ils se voyaient.
– Quel rêve bizarre je viens de faire !
– Oh oui quel rêve bizarre je viens de faire moi aussi…
Et ils sortirent ensemble se promener dans la fôret. Ils comprirent qu’en fait ils n’avaient aucune raison de se disputer et lutter, qu’ils n’avaient rien à prouver.
Car chacun est beau et parfait tel qu’il est. Ils ont choisi d’être une équipe et de s’aider l’un l’autre.

Leave a comment

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *