Un hérisson et un ballon


Il était une fois un hérisson rond aux yeux noirs brillants qui vivait à côté d’un long et tranquille arbre.
Du matin jusqu’au soir, il jouait dans les feuilles, seul ou avec d’autres hérissons.

Il cherchait des champignons et des fruits délicieux d’automne et le soir il se blotissait dans son terrier chaud.
Un jour, le hérisson trouva sur le chemin un ballon rouge qui semblait immobile. Il enveloppa du regard le ballon rouge et ses yeux noirs s’illuminèrent :
– Oh je n’ai jamais volé avec un ballon !
Le hérisson n’en pouvait plus de joie car il avait entendu que les ballons volent et il était impatient de s’envoler dans le ciel avec lui.
Il le roula jusqu’à sa maison, sautillant autour de lui et le poussant vers le haut avec son museau humide.
– Allez, vole ! lui criait le hérisson en tirant sur la ficelle du ballon.
Mais le ballon restait immobile au-dessus du hérisson.
– Allez, vole ! Ca va être si beau ! Et le hérisson tournait autour du ballon et le poussait vers le haut avec sa tête.
Mais le ballon penchait d’un côté à l’aure l’autre et murmurait vers le hérisson :
– Et si tu as faim pendant qu’on vole ?
Alors le hérisson courut vite dans son terrier et sortit des boîtes pleine de provisions d’automne, des pommes, des poires, des champignons et même des biscuits.
Il les arrangea joliment à côté du ballon et le tira à nouveau par la ficelle :
– Allez, vole ! Maintenant on a des provisions !

– Et si tu as froid ? trembla le ballon.
Et le hérisson se mit à tricoterune écharpe et un pull tout chauds et doux. Quand ce fût prêt, il les rangea près du ballon et le secoua à nouveau :
– Allez vole, les vêtements sont prêts !

– Et s’il fait encore plus froid que tu n’imagines ?
Et le hérisson commença à ramasser des feuilles chauffées au soleil et de longs fils d’herbe. Il les tressa avec patience en une couverture douce de feuilles colorées et l’étala devant le ballon.
– Et si tes vêtements se déchirent ?
– Ah oui oui, j’emmène des ciseaux, des boutons et des bobines de fil.
Il revint essouflé, les mains pleines mais à peine s’approcha-t-il que le ballon commença à gonfler et à souffler vers lui :
– Et alors ? Pourquoi cela prend-il tellement de temps ?
Le ballon n’avait même plus besoin de demander quelque chose car le hérisson s’était habitué à apporter des provisions près de lui.
Il apporta un biscuit, un champignon, même des bonbons tombés des poches des enfants sur le chemin.
Et un parapluie pour la pluie ou plutôt deux parapluies si le premier se cassait. Il faisait des dizaines d’aller-retour et ne savait plus quoi apporter. Il aurait voulu donner la planète entière pourvu que le ballon soit enfin rassuré.
Et le ballon, content, devenait de plus en plus grand et rond.
Mais lorsque le hérisson lui rappella qu’il devait voler, le ballon se gonfla de colère et cria :
– Tu sens mauvais et tu ne sais rien sur le vol ! Mêle-toi de tes affaires !
Et lorsque le hérisson s’arrêta pour cueillir des champignons ou des petits pois rouges, le ballon se jeta avec bruit par terre :
– Tu vas être plein de boue et de feuilles, hérisson inutile que tu es ! Tu ne fais que m’empêcher de voler ! Si tu n’étais pas si lourdaud, il y a longtemps que je volerais ! lui siffla le ballon dans les oreilles.

– Méchant ballon gros et gonflé ! Rien ne te convient ! Et le hérisson sauta sur le ballon pour le serrer.
– Lâche-moi ! s’écria le Ballon ! Sinon je vais exploser dans tes oreilles !
Et le hérisson courut vite vite et se cacha derrière un arbre.
– Un jour, je le piquerai ! se roula le hérisson en une boule noire de piques.
L’arbre regarda tantôt l’un tantôt l’autre, dressant ses branches tantôt vers le hérisson tantôt vers le ballon.
Ils se disputèrent de plus en plus fort et coururent l’un derrière l’autre !
Le ballon  avait peur d’être piqué par surprise. Il savait qu’une seule pique suffisait pour le faire éclater. Alors il se gonflait de plus en plus et courait derrière le hérisson. Et le hérisson se cachait et le guettait derrière l’arbre car il avait peur d’être dévoré par le géant ballon.
Et plus le ballon gonflait, plus le hérisson rapetissait car il n’avait plus de place pour respirer. Et il n’avait même plus le courage de lui demander de voler.
Parfois, le hérisson rêvait sur un champignon jusqu’à ce qu’un papillon s’assoie sur son nez. Ils restaient comme ça à se parler et puis le hérisson le regardait s’envoler.
D’autres fois, le hérisson restaient des heures à souffler dans les pissenlits et regardait chaque flocon s’envoler vers le ciel.
Et le ballon, alors qu’il avait un amas de provisions autour de lui, ne pensait même plus à voler.
Un jour, lorsque le ballon était plus gonflé que jamais et que le hérisson était une boule de piques plus petite et menaçante, l’arbre à côté duquel ils habitaient, pencha ses branches et leur chuchota :
– Un hérisson et un ballon dansent mieux ensemble !
– Moi je ne danse pas avec un hérisson qui pique et sent mauvais, répondit le ballon.
– Et moi non plus avec ce ballon prétentieux,  répondit le hérisson.
– Est-ce que vous vous rappelez le jour où vous vous êtes rencontrés pour la première fois ? Que souhaitiez-vous ?
– M’envoler, chuchota le hérisson.
– M’envoler … soupira le ballon.
– Le ballon pourrait-il s’envoler tout seul ?
– Oh non, si le vent m’emporte et m’emmène dieu sait où et si je reste accroché aux branches ou que je suis piqué par les oiseaux, je peux à tout moment éclater et ne plus exister !
– Le hérisson pourrait-il voler tout seul ?
– Oh non, comment faire pour me soulever .. soupira le hérisson. Je suis incapable de voler sans un ballon
– Chacun d’entre vous a une part mais ensemble vous formez un tout !
– Que veux-tu dire ? demandèrent le ballon et le hérisson en se rapprochant de l’arbre.
Mais l’arbre ne leur répondait plus car il s’était endormi et ronflait à travers les feuilles.
– Si tu m’emportes là-haut, dit le hérisson, je pourrais te dire ce que je vois pour que tu ne sois pas piqué. Je ne savais pas que tu avais peur d’éclater. Moi je connais la forêt et le temps qu’il fera, je connais tous les sentiers et les places de la forêt et je sens lorsque la pluie ou le vent approche.
– Ce serait bien, répondit timidement le ballon. Et moi je pourrais maintenir la direction et suivre le chemin.
– Pourrais-tu me faire un peu de place ? demanda le hérisson. Car si tu me pousses et m’étouffes je ne vois plus rien.
– Je sais ! Un panier ! Tu peux attacher un panier avec une ficelle et tu auras une place rien que pour toi. Et tu peux y mettre tout ce dont tu as besoin mais à condition que cela ne soit pas trop lourd !
– Quelle idée merveilleuse ! comme ça je pourrais voir et te guider, sourit le hérisson.
Le hérisson prit un panier vide de son terrier et l’attacha à la ficelle du ballon. Il rangea à l’intérieur quelques fruits des bois et des fleurs colorées.
– Hmm ça sent bon, se relaxa le ballon !
Le hérisson s’installa avec émotion dans le panier et commença à chanter.
Le ballon se balança doucement, se détacha petit à petit de la terre et hourrah ils s’envolèrent tous les deux !
Le hérisson ne pouvait pas croire qu’il volait enfin ! Il riait de la bouche aux oreilles et faisait signe de la main aux arbres et aux animaux de la forêt !
L’arbre se réveilla car ses feuilles frémissaient d’émotion.

Il dressa ses branches vers le haut, vit la montgolfière et sourit content : un hérisson et et un ballon dansaient ensemble à travers les nuages !

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